Les amitiés particulières de Dominique Fernandez
- 6 avr.
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À quatre-vingt-seize ans et déjà plus de cent ouvrages, Dominique Fernandez ne donne aucun signe de vouloir s’arrêter. Pour notre plus grand bonheur. Interviewé dans L’Orient littéraire, il évoque son goût pour la solitude : Un écrivain est toujours seul, puisque sa vraie société est constituée des livres qu’il écrit. J’ai déclaré un jour que ma famille comptait moins pour moi que mes livres, ce qui a paru scandaleux à ceux qui n’écrivent pas. Pourtant, solitude ne veut pas dire asociabilité. Dans À vous, troupe légère, sortie en février 2026, il raconte les liens d’amitié qu’il a tissés avec une vingtaine d’acteurs, écrivains essentiellement, parfois mécènes, de la littérature francophone et italophone. Critère de sélection qui ne vaut pas inscription automatique à sa table des matières : que le lien s’étale sur une période d’au moins dix ans. On trouve des chapitres enlevés sur François Mauriac, Milan Kundera, Marguerite Duras, Edmonde Charles-Roux, Frédéric Mitterrand et bien d’autres. Mention spéciale pour Michel Tournier à propos duquel il s’insurge que le Ministère de la Culture n’ait dépêché aucun collaborateur à ses obsèques alors qu’il le considère - et moi itou - comme le plus grand écrivain français du vingtième siècle. Et d’évoquer avec tristesse Tournier, année après année, seul dans son presbytère, attendant en vain d’être couronné par le Prix Nobel : l’anti Annie Ernaux en quelque sorte car, elle, a raconté avoir été cueillie à froid dans sa maison de Cergy par un appel téléphonique venu d’Oslo. Deuxième mention spéciale : Hélène Carrère d’Encausse avec laquelle il partage date de naissance - à deux mois près - et traumatisme d’un père collabo, disparu l’année de leurs quinze ans. Arthur Dreyfus, avec lequel Fernandez entretient une relation suivie, marquée en 2016 par la publication de Correspondance indiscrète - échange épistolaire entre les deux écrivains à propos de la manière d’aborder l’intimité et le sexe dans la littérature, rentrait dans la case des écrivains pratiqués depuis plus de dix ans. Mais lui, de cinquante-sept ans son cadet, est encore de ce monde et donc non éligible selon un autre critère retenu par l’Académicien. À l’âge canonique qu’il a atteint, Dominique Fernandez, ne pourra plus longtemps continuer à soutenir les écrivains gay d’aujourd’hui dans leur candidature à l’Académie française, institution bourgeoise et largement défaillante - n’a-t-elle pas refusé, vingt-cinq fois Émile Zola ? - comme il l’a toujours considérée mais à laquelle il a tout de même accepté, avec succès, de postuler. Frédéric Mitterrand a-t-il bénéficié de ce soutien amical ? Fernandez ne raconte pas tout. Mais en 2016, sa russophilie l’a probablement fait élire Andreï Makine, Mitterrand ayant retiré sa candidature (il ne sera pas élu non plus en 2018). Quid de Benoît Duteurtre, refusé en 2018 et 2022 et mort d’une crise cardiaque deux ans plus tard ? On se souvient de sa lutte médiatisée avec Frédéric Beigbeder. Digérant mal sa défaite, celui-ci publia illico Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé qu’il signa Frédéric Beigbeder, quasiment de l’Académie française. Pour ce bon mot - et pour l’ensemble de ses écrits toujours pepsi, Beigbeder ne mériterait-t-il pas la victoire lors d’une nouvelle tentative ?






















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