Le syndrome de Mireille
Après Mireille ne ressemble pas aux deux premiers textes de son auteur, Robin Josserand. Il s’en était ouvert sur les réseaux sociaux, ne souhaitait pas être considéré - seulement ? - comme un auteur gay. Mission accomplie. Il fallait écrire Après Mireille pour alléger la douleur du grand-père maternel abîmé par le lien avec sa mère Mireille si méchante avec lui. Cela donne un touchant texte-reportage prenant sa source dans les deux livres écrits à son retour de Ravensbrück par l’arrière-grand-mère de l’auteur et dans les enregistrements des entretiens avec le grand-père.
Lançant son livre à la Librairie Delamain, Robin Josserand est concentré et attentif à l’impact de chacun de ses mots. Esquissant les contours de sa propre douleur, il se livre davantage que dans le roman proprement dit. La blessure transgénérationnelle au-delà de la première génération est tout juste effleurée dans son texte : son bégaiement hérité de son grand-père - imperceptible aujourd’hui - et sa propension à la colère. En lisant Après Mireille, j’avais pensé à Duras : le comportement de mon idole au retour des survivants de Dachau était terrible : aussitôt réceptionné à l’Hôtel Lutetia, son mari-squelette-ambulant avait été abandonné par Marguerite. Mireille est odieuse aussi. Est-ce ce que c’est ça ? Des comportements abjects directement liés aux souffrances insupportables infligées par les nazis ? Robin Josserand ne sait se décider, ni dans son livre, ni à la librairie : méchante avec ses enfants, aimable avec ses élèves, l’arrière-grand-mère était odieuse et belle à la fois. Dans son premier livre, elle explique : Je reste prisonnière de moi-même plus que je ne le fus jamais de mes bourreaux parce que je ne possède plus l’espoir tenace et vivifiant de m’échapper. Mais elle ne donne aucune explication sur sa transformation en bourreau d’enfant. Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique où une victime développe un lien d'affection, de loyauté ou de sympathie envers son agresseur. Le syndrome de Ravensbrück ou syndrome de Mireille serait-il celui où une victime développe une identification profonde avec son agresseur ?




















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